LA MINE N°67 / SEPTEMBRE-OCTOBRE 2017

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Edito

Après plusieurs heures de route épuisante, le coup de grâce, l’estocade ! Le montage de la tente par 41°C. Toute la famille est mise à l’épreuve. Je trouve une grosse pierre pour enfoncer péniblement les sardines. De grandes sauterelles m’observent. Ici, elles ont la couleur de la poussière. Elles se confondent dans le paysage. La respiration inaccessible et le corps trempé de sueurs, comme un taureau esquinté, je rampe vers les douches. Il y a du monde au bloc sanitaire. Patrick attend son tour tranquillement devant moi. Il cumule 30 années de camping dans la région. Il a connu de nombreuses générations de cigales, il mérite donc toute mon admiration. Il a le regard bleu et un sourire indélébile honore son visage. Une discussion agréable s’installe entre nous. Son haleine d’une douceur anisée me souhaite la bienvenue. Le soir venu, une tarente, petit gecko nocturne, se faufile dans le feuillage d’un lierre grimpant. Elle est à la recherche de petits insectes et de bébés lézards. A l’heure du diner, une chatte et son petit s’invitent autour de notre campement. Le chaton attrape une sauterelle et la dévore. Nous lui promettons de lui rapporter quelques croquettes. Un repas convoité régulièrement par un jeune hérisson. Les premières nuits sont difficiles et nous dormons très mal. Le matin, nous sommes réveillés très tôt par les cris agaçants d’une horde de perruches à collier qui s’apprêtent. Le reste des jours est rythmé par le chant des cigales et le survol des frelons attirés par l’élégance subtile et fruitée d’un vin rosé des sables. Ce soir, il y a des cris humains qui déchirent l’obscurité et semblent descendre des pins parasols. Une soirée animée attire notre attention. Je propose aux filles de nous rendre au karaoké du camping. Au programme : on va s’aimer de Gilbert Montagné, un truc usé de Stone et Charden, un Phil Collins pas facile à chanter. Je découvre enfin La Reine des Neiges, chantée par une gamine. Un truc de chocolat effroyable que tout le monde chante en cœur, un Johnny ressassé et pour finir un Jean-Luc Lahaye qui me fait vomir. Nous partons avant les terrifiants lacs du Connemara. Nous quittons ce monde patibulaire – mais presque – (Coluche) pour nous réfugier sous la toile de tente. Je me calme avec une petite bière belge bien fraîche et un chapitre de Jean Giono « Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix » écrit en 1938. La plage, le soleil et le rosé à volonté composent des fins de journées difficiles et je choisis de déposer mon corps et mes pensées… Un jour la musique m’a abandonné ou alors c’est moi qui l’ai quittée. Je ne me souviens plus très bien, je devais être ivre ou très fatigué. Du coup, je me suis réfugié dans mon autre passion, la nature ! Alors, ne soyez pas surpris de voir des références sur les plantes sauvages ou des insectes qui grignotent les pages de ce numéro 67. Rassurez-vous, avec de la chance, il n’y aura pas d’araignée, car elles ne sont pas considérées comme des insectes puisqu’elles ont huit pattes. Et tout le monde sait que les insectes ont seulement 6 pattes. C’est quand même deux de plus que nous ! Que ferions-nous de deux bras en plus ? On pourrait jouer seul des partitions pour quatre mains au piano. Les possibilités semblent tout de même intéressantes. On pourrait aussi avoir quatre jambes pour deux bras, ce qui nous obligerait cependant à adopter la position horizontale. La taille des pieds deviendrait forcément moindre, mais les grands gagnants de cette alternative seraient quand même les marchands de chaussures. En attendant cette évolution étonnante de l’espèce humaine, nous serions bien clairvoyants de nous occuper de la culture et d’en prendre soin, car elle est bien malmenée en ce moment. Et surtout de prendre soin de nous, c’est un peu la même chose me direz-vous ! Afin de méditer sur les moyens d’y parvenir, je vous laisse avec Albert Camus et vous souhaite au nom de tous les mineurs, une merveilleuse rentrée musicale.

Chris.

"Je ne sais pas si cette Révolution individuelle et non violente dont parle Giono est possible. Mais je sais qu’aucune n’est possible si elle n’a commencé dans le cœur et l’esprit de ceux qui comptent la faire." Albert Camus

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