LA MINE N°66 / JUILLET-AOÛT 2017

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ROADMUSIC IN MUSTANG

Le meilleur moment de ma semaine est le dimanche soir. Etrange non ?
Le dimanche soir, à 17 heures, je monte dans ma caisse, je pose un peu de bouffe sur le siège passager, et je démarre. J’ai à côté de moi une dizaine de compact discs, et j’épouse les routes de campagne en écoutant des vieux enregistrements de rock sudiste.
Parfois, je fume une cibiche sur le capot, en profitant du blues langoureux. J’ai même dû grimper sur le toit pour me hisser dans une casse de bagnoles fermée (ça a foiré). La classe, non ?
J’allais dire : « eh bien non ! », parce que je roule en diesel, que j’ai déjà un point en moins, mais quand même, je peux pas me plaindre. Et puis on est pas chez Autoplus.
Ceci dit, j’ai horreur qu’on me dise « la musique est un voyage ». Ça fait sûrement dans un camping de festoche, mais tâchons d’être plus inspirés en société.
J’ai fait mien du crédo qui dit que la musique accompagne le voyage. Que rien ne sert de rouler à fond si on ne s’y pète pas les oreilles.
En parlant de voyage, laissez-moi vous raconter l’une de ces errances qui font du Captain le Captain. Cette histoire commence à l’arrière d’un bar. A la table derrière la nôtre, j’entends parler de musique. Je tends l’oreille, je l’avoue, et tente même une approche. Oh et puis merde, finalement je prends directement ma chaise et m’installe avec eux. C’est comme ça que je me suis fait inviter au concert de Carmen, un jeune groupe qui sortait d’une résidence de cinq jours pour parfaire son set.
Le lendemain, même heure, j’arrive sur les lieux, et me faufile devant la scène, en espérant chopper un eye contact (oui, ça m’amuse).
Dès le début du set, je sens que je vais passer un bon moment. Comme la veille au bar, les zikos sont souriants, présents, bien que touchants d’incertitude. Après une chanson, je suis convaincu : je sais où on m’emmène. Je me laisse guider. Comme pour un bon vin, quelques subtiles notes qu’on ne peut identifier viennent égayer un ensemble déjà unique.
Touchant, c’est le mot. Je suis engagé dans une aventure intime, et déjà la salle a basculé avec moi. L’accordéon, désuet, tranche avec la flûte fluette qui virevolte, loin de la lourdeur entrainante des percussions, matraquées avec intellect.
Tout à coup, silence. Maï (la chanteuse/flûtiste) s’avance, et entame « l’amour est enfant de bohème ». Tout fait sens désormais.
La voix est puissante, juste, lancée avec faste : je suis stupéfait. Dès la fin du concert, je m’empresse de rejoindre le stand de merch pour féliciter les artistes. On partage même une cigarette.
Le week-end s’achève, je reprends la route pour ma contrée. Comme d’habitude, je suis d’humeur vagabonde, et je m’évade. Et je remercie Carmen, dont le souvenir me transporte encore.

Propos par Capt’n

La mine numéro 66, juillet-août 2017

La Mine 66 Al Tatou
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